NON UN GOUVERNEMENT « D'AFFAIRES COURANTES »
N'EST PAS SYNONYME DE « SANS GOUVERNEMENT » ... ET MÊME SI ... !
Après 194 jours de gouvernement « d'affaires courantes » Verhotstadt III succède à Verhofstadt II ?
Est-ce vraiment la plus longue crise gouvernementale ?
Cela demande sans aucun doute d'être relativisé :
Verhofstadt II a été un gouvernement de législature qui a duré 1430 jours (du 12 juillet 2003 au 11 juin 2007), les 194 jours où le gouvernement Verhofstadt II a été un gouvernement « d'affaires courantes » représentent donc par rapport à sa durée totale de 1624 jours (1430 + 194) ; 11,88 % du temps écoulé.
Or, durant la période du 20 octobre 1978 au 17 décembre 1981, soit 1154 jours, l'on compte six gouvernements (Van den Boeynants-Van Elslande ; Martens I ; Martens II ; Martens III ; Martens IV ; Eyskens-Desmarets) qui totalisent uniquement sur une durée totale de 1154 jours (896 + 258), 258 jours de gouvernements d'affaires courantes soit 22,36 % du temps écoulé et donc deux mois (64 jours) de plus que la « crise » actuelle !
Ainsi durant la période de 1971 à 1981, douze gouvernements se sont succédé avec une durée moyenne de dix mois !
La notion de « censure positive », instaurée au niveau fédéral le 14 juillet 1993 lors des « accords de la Saint-Michel » et inspirée de la Constitution allemande qui veut que pour faire tomber un gouvernement la Chambre doit non seulement voter la méfiance, mais aussi proposer simultanément une majorité de rechange a sans aucun doute permis des gouvernements de législature.
L'on peut aussi s'étonner de certaines réactions quasi de panique où l'on serait soi-disant « sans gouvernement » (sic).
L'on avait pourtant un gouvernement des « affaires courantes », ce qui est loin d'être synonyme de « sans gouvernement » (sic).
La notion « d'affaires courantes » reste singulièrement imprécise donc sujette à interprétations et les différentes « crises » ont fait que dans les faits la notion s'est étendue notamment aux « affaires urgentes » ainsi durant la crise de l'hiver 1978-1979, le gouvernement « d'affaires courantes » a décidé l'envoi de troupes belges au Zaïre.
En outre, avant la période de 1981 la Belgique francophone n'était en pratique pas régionalisée.
Les lois d'août 1980 ont organisé la Région wallonne et les lois de janvier 1989 la Région bruxelloise qui sont notamment compétentes en matière de politique économique et d'aménagement du territoire et la révision constitutionnelle de juillet 1988 a complètement communautarisé l'enseignement.
Toutes ces matières échappent au gouvernement fédéral et dès lors un gouvernement fédéral « d'affaires courantes », ne saurait plus les « affecter ».
L'on peut aussi s'étonner de la confiance qu'à une grande partie de la population aux possibilités et aux pouvoirs d'un gouvernement qui par exemple peut par un « coup de baguette magique » lutter contre l'augmentation des prix due à la hausse du coût du pétrole.
En économie de marché, une hausse des prix est un indicateur de rareté du bien par apport à la demande de celui-ci.
Cette hausse de prix incite donc les consommateurs à prendre spontanément des mesures afin d'économiser ce bien et dès lors les producteurs à lui trouver le plus rapidement possible des produits de substitution.
Toute intervention directe des pouvoirs publics dans le prix ne peut que freiner cette évolution.
Dès lors ne gouverne-t-on pas toujours trop ?
